« imago »

Prototype inconscient d'un photographe

« Résonnance »

Ce concept s’impose dans tout ce que je fais. Je ne suis touché que par ce qui créé, ou a créé, une résonnance semblable à celle d’un diapason.

mardi 31 juillet 2007

Photographier loin de chez soi

Photographier loin de chez soi est certainement plus aisé que de s’arrêter sur son quotidien. Je m’en suis rendu compte il y a deux ans lorsqu’à peu près à cette époque, j’étais à New York dans le studio d’un grand photographe du National Geographic, mondialement connu pour ses nombreuses photos « d’ailleurs ». Je m’étais inscrit à ce stage un peu par hasard, sur un coup de tête et quelques clics implusifs un dimanche de pluie. Je pensais m’être inscrit à une grande messe prenant place dans un temple, que dis-je une cathédrale de la prise de vue dont le grand prêtre m’aurait mis sur la voie de LA photographie.

Il n’en a rien été.

Je ne vous raconterai pas toute l’histoire parce que ça serait trop long. Je vous dirai seulement qu’être un grand photographe ne veut rien dire. Je m’en suis rendu compte pendant ce stage. Ce photographe qui a défrayé la chronique parce qu’il capture l’essence de la condition humaine, m’a paru tenir d’avantage du businessman que du photographe à vocation humaniste. Son fond de commerce était consititué de photographies puisées dans des pays lointains dont il faisait commerce sans scrupules et à prix fort chez lui. La méthode m’a dérangé.

Cette expérience m’a pourtant été bénéfique car depuis, je m’intéresse autant aux auteurs, qu’à leurs photographies, qu’aux lieux où ils les ont prises. J’essaye de regarder au delà de la qualité picturale, je sonde, je me documente, si j’ai la chance de rencontrer le photographe, je gratte discrètement derrière sa façade pour comprendre quel homme ou quelle femme a déclenché et pourquoi. Si la personne me parle, sa photographie me parlera certainement; si je ressens quelque chose qui sonne faux, de l’opportunisme, du manque d’éthique, de la suffisance ou de l’irrespect, je n’arrive pas à adhérer aux images et me contente alors d’apprécier la face visible qui m’est proposée.

Chez soi ailleurs et ailleurs chez soi

More blind art Beaucoup acquièsceront qu’il est difficile de photographier son quotidien car on y est confronté en permanence. On lui porte un regard différent, répétitif, qu’il est difficile d’arrêter en quelques vues. Cela mène parfois à deux comportements possibles et contraires: l’impossibilité de déclencher ou la boulimie photographique dont un exemple sont les sempiternelles séries d’une-photo-par-jour qui pullulent sur internet.

Personnellement je me situe plutôt dans la catégorie des sclérosés de la photo quotidienne car après trente ans de quotidien helvétique, mes rétines sont anesthésiées par les paysages proprets et les trop nombreux visages fermés que je croise en permanence (à force, le mien doit être verrouillé à double-tour). Je m’arrête alors sur les détails de tous les jours, les coups de lumière, les ciels, les copains, le bureau et les choses les plus anodines. Je les glâne avec mon caméraphone ou mon pocket pour ensuite les jeter sur flickr comme on griffonerait des notes sans faire attention à son écriture. Ça, et les 20477 images dans ma photothèque m’aident à attendre le prochain départ.

Paradoxalement, chez moi mon esprit est ailleurs et ailleurs j’aime me sentir chez moi. Mon regard sur le quotidien est en permanence troublé.

jeudi 5 juillet 2007

La photo du mois: Carte postale

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Biarritz, 1989, la plage du Miramar au petit matin.

L’été venu, je faisais partie de ces enfants pris en otage par leurs parents vers une destination de vacances imposée et choisie longtemps à l’avance. Pour nous c’était vers le Sud-Ouest de la France que nous nous dirigions chaque année. Aux heures interminables de voiture s’ajoutaient les picnics œuf-dur-mayonnaise, les jeux débiles pour nous occuper, les nausées du siège arrière et l’indispensable pause-nougat sur l’aire d’autoroute de Montélimar.

Arrivés à Biarritz, je retrouvais chaque année la Villa Haïcia. Située entre le golf et le phare, c’était une vieille maison respectable que mon grand-père avait acquis après la guerre. J’y retrouvais le Jokari, les photos de famille et les films Super-8, le vieux clavecin du salon, le carrelage dessiné dit-on par Picasso, le morbier dont seul le mécanisme avait été cambriolé, les tomettes rouges de la cuisine, la fontaine aux clés, la cloche de vache dans la bibliothèque, les toilettes sous l’escalier, les BD de Bécassine et de Tintin, le jardin minuscule et son majestueux magnolia qui nous a vu faire — mon frère et moi — nos premiers pas. Je retrouvais aussi le vendeur de beignets d’abricots sur la plage et les boulettes de pétrole qui nous collaient sous les pieds. Que de souvenirs délicieux.

Il y avait aussi le vent, qui donna son nom basque à la maison; ce vent qui s’engouffrait dans ce passage étroit et escarpé qui descendait vers le Miramar. Il sifflait fort dans mes oreilles m’obligeant à tourner la tête pour entendre le grondement de l’océan qui m’excitait à mesure que l’on s’en approchait. J’entends encore les flik-flok de mes tongues qui bringuebalaient sous mes pas pressés de gosse qui n’avait qu’une idée en tête: la plage.

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vendredi 4 mai 2007

La photo du mois: Absences

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Absence de mots, de verbe, de langue, d’ailleurs, de langues d’ailleurs, de lointain, de calme, de vent, de lumière, de douceur, de moiteur, de saveur, de goût, de rire, de sourire, de générosité, de paix, de respect, d’abnégation, d’action, d’échecs, de perspective, de volonté, de création, de panache, d’expirations, d’élévation, de désespoir, de confiance, de cohérence, d’équilibre, de simplicité, de vérité, de famille, de fertilité, de foi, de toi, de temps, de tant, de vous, de voix, de parole, de défis, de moteur, de nouveau, de soudain, de surprises, d’imaginaire, de rêve, d’engagement, d’ensemble, de liberté, d’égalité, de lucidité.

Absence de sens,
Absence d’essence,

Impossible absence des sens.

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dimanche 15 avril 2007

VII à zéro

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Les deux jours du séminaire de l’agence VII m’ont un peu sonné par leur intensité. Je suis venu un peu en touriste sans aucune autre attente que de prendre une baffe et celle-ci fut en réalité plus forte que je ne le pensais.

Alexandra Boulat, Lauren Greenfield, Ron Haviv, Gary Knight, Antonin Kratochvil, Joachim Ladefoged, Christopher Morris, James Nachtwey, Eugene Richards et John Stanmeyer sont indéniablement des photographes hors pair mais plus que leurs talents personnels, j’ai été séduit par la cohésion de leur groupe et le côté très famille qu’ils ont su insuffler à cet évènement.

Côté photo, c’était intéressant de voir comment ces photographes explorent de nouveaux moyens de présenter leurs images. John Stanmeyer compose lui-même ses musiques sur Garageband tandis qu’Eugène Richards filme ses planches contacts. Christopher Morris nous a présenté des double-pages de son livre « My America » en commentant avec beaucoup d’humour sa relation avec la graphiste qui l’a composé. On sentait les puristes dérangés par ce qu’ils disaient être une dérive de l’image figée (still image). D’autres voyaient cela comme une évolution naturelle du média et une manière supplémentaire de véhiculer les messages derrière leur travail. Tous s’accordaient à dire que les photographes fricotent de plus en plus avec la vidéo.

Côté humain, que dire d’autre que l’on se sent insignifiant et inutile lorsqu’on sort de deux jours immergé dans la vie de dix photographes qui vouent leur vie entière à documenter le pire de ce monde. Il y avait une sensation de frustration partagée et un participant a même osé prendre le micro pour demander ce qu’il devait faire avec tout ce qu’il s’était pris dans la figure en si peu de temps.

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mardi 6 février 2007

La photo du mois: Proches

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Nous étions à l’arrêt et avions coupé le moteur de la Land Rover comme à chaque fois que nous rencontrions une harde. Un groupe d’environ cinq à sept éléphants traversait la piste avec la nonchalance débonnaire qui les caractérise. Malgré leur taille impressionnante, on ne les entendait pas sauf lorsqu’ils cassaient des branches en sortant des bosquets ou arrachaient de l’herbe avec leur trompe pour le fouetter contre le sol afin d’en débarasser la terre dont ils ne sont pas très friands. Harsha Gammanpila, le chef de notre projet de recherche, connaissait ces individus pour les avoir observé plusieurs fois. Il les reconnaît habituellement à la forme de leurs oreilles, à leurs blessures ou aux autres particularités physiques propres à chaque animal. On le sentait proche de ces animaux, malgré qu’ils soient sauvages, dangereux et très loins des clichés de bêtes de cirque qui nous viennent à l’esprit lorsqu’on les évoque.

Devant nous, sur la droite du véhicule, à environ vingt mètres, une femelle adulte vaquait calmement à ses occupations tout en nous observant du coin de l’œil. Nous étions tous fascinés par les mouvements lents et expressifs de cet animal qui montrait une forme d’intelligence évidente. Pendant que Harsha nous expliquait l’environnement et le comportement de l’espèce, j’ai empoigné mon boîtier et ai visé l’animal pour faire quelques vues et profiter de la proximité exceptionnelle dont nous bénéficions.

Pour une raison inattendue, l’éléphant s’est immédiatement senti agressé et nous a chargé toutes oreilles déployées avec une puissance et une vélocité impressionnantes. En une fraction de seconde j’ai oté mon appareil de sa vue et me suis terré dans mon siège essayant de maîtriser la poussée d’adrénaline qui m’avait envahi. A ce même instant, Harsha et Sanpath, notre chauffeur, se sont jetés à la fenêtre en criant pour tenter d’arrêter cette bête que j’avais énervé par mon geste imprudent. Elle s’arrêta à peut-être cinq mètres du véhicule; j’avais l’impression qu’elle était sur mes genoux.

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lundi 1 janvier 2007

La photo du mois: S’élever

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« On voudrait avoir ce courage des oiseaux en hiver. »
Françoise Lefèvre


Nous voici à l’aube de trois-cent soixante cinq nouveaux jours dont nous serons les seuls artisans et qu’il nous appartient de rendre beaux, utiles, positifs et empreints de partage et de respect (et de nombreuses photographies évidemment).

On voudrait avoir ce courage des oiseaux en hiver pour que les récursives résolutions du nouvel an soient bien plus que des paroles de minuit qui s’envolent dès le petit matin en devenant ainsi… des paroles en l’air. Le ciel vaut mieux que cela.

Bonne année et bonne santé à tous!

mardi 5 décembre 2006

La photo du mois: Rites

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Ca y’est, Docteur Jeckyl a fermé son bureau et a laissé place à Monsieur Hyde qui vous écrit depuis quelque part sur la toile. Le graphiste s’en va et l’autre prend sa place. L’autre, c’est le vacancier diront certains, le photographe diront d’autres, le chanceux ou le baroudeur pour les derniers. L’autre c’est ce type qui se paye le luxe de danser sur un autre pied pendant deux mois alors que ses copains se farcissent la dinde et toute la garniture pas toujours très digeste qui va autour. L’autre, il a tout compris, ai-je entendu. J’ai même entendu que l’autre gagne si bien sa vie qu’il peut se payer chaque année deux mois les doigts de pieds en éventail.

Dites-moi que je rêve et que je n’ai jamais entendu tout cela.

La première fois que j’ai pris la décision de fermer mon bureau au mois de décembre et janvier, j’avoue avoir souhaité assouvir un besoin égoïste de touriste oisif et consumériste. Cela n’a pas duré longtemps croyez-moi. Si les premières fois je partais au bout du monde pour fuir le froid et le manque de lumière, aujourd’hui je voyage dans un tout autre état d’esprit (même s’il m’arrive encore de me détendre les doigts de pieds qui passent trop de temps crispés sous le bureau).

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dimanche 22 octobre 2006

Le réchauffement global à chaud

Avez-vous remarqué comme la météo de ce mois d’octobre est agréablement douce? Ca vous plaît? Ca devrait plutôt vous faire peur.

Pour une fois ce blog va être utile en relayant une information urgente.

Ce dimanche j’avais commencé à rédiger un billet à propos de mon nouveau caméraphone lorsque j’ai fait une pause pour aller voir au cinéma le documentaire d’Al Gore: “An inconvenient truth” qui parle du réchauffement global.

Pour sûr, mon caméraphone est le dernier de nos soucis.

Vous n’avez pas le choix, je vous somme d’aller voir ce film ou d’acheter le DVD. Si vous ne le faites pas, considérez cela comme un acte d’égoïsme grave et demandez-vous ce qui est le plus important: votre petite vie ou celui de vos enfants et du monde que vous allez leur laisser.

Je n’ai pas honte à dire que ce soir j’ai pleuré au cinéma. Ce film est probablement ce qui m’a le plus bouleversé depuis le 11 septembre 2001 et les mots ne suffiraient pas à vous expliquer pourquoi. Je n’ai pas non plus l’intention de vous raconter le moindre fait relevé dans ce film pour ne pas vous donner une once de raison pour ne pas aller le voir. Ce qu’on y dit, vous ne l’avez jamais entendu et il ne faut en aucun cas l’occulter en faveur du rôti de maman, le film du dimanche soir, votre cours de tango ou le rendez-vous chez le coiffeur de votre bichon maltais. Courez au cinéma et emmenez vos enfants, la grand-mère, les voisins et la nanny car tout le monde est concerné.

Ensuite, surtout, agissez immédiatement en arrêtant de penser que c’est aux autres de le faire en premier. Commencez par les gestes simples.

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vendredi 26 mai 2006

La pochette « Biarritz »

Une amie m’avait une fois offert la pochette « Biarritz » que vous voyez ci-dessous. Ayant souvent passé mes vacances d’été dans les brises marines du Pays Basque français, ce cadeau m’avait particulièrement touché. La pochette est de petit format et contient dix tirages photo montrant les vues de Biarritz que je connais depuis toujours.

L’autre jour en flânant aux puces, j’ai acheté quelques pochettes similaires (Merci à Roger pour l’adresse) et vais éventuellement commencer une petite collection si j’en trouve d’autres.

Lorsqu’à l’époque j’avais reçu la pochette « Biarritz », l’objet m’avait tellement plu que j’ai tout de suite souhaité m’en inspirer pour mes propres images. Après avoir laissé le projet dormir deux bonnes années au fond d’un tiroir, Carole (mon assistante) et moi-même l’avons finalement mené à bout. Enfin, presque… J’ai redessiné une découpe qui correspond à mon format de tirage et pour le moment, nous fabriquons des pochettes à la main en attendant que le Dieu des finances nous permette une petite production.

Comme tout ça n’a aucun autre but que de se faire plaisir tout en explorant la photographie, je me donne le temps de faire quelque chose qui soit abouti. Certains d’entre vous ont déjà reçu une de nos pochettes et les commentaires déjà entendus font très plaisir. Je ne comprends pas que ces petits objets sympathiques aient disparu de notre quotidien.

En attendant de vous en montrer d’avantage, si quelqu’un sait où je peux me procurer d’autres pochettes ou si vous connaissez leur histoire, écrivez-moi, ça m’intéresse.

dimanche 14 mai 2006

Insociabilité photographique

Une de mes quêtes depuis que la photo a pris place dans mon quotidien, est de comprendre pourquoi je suis un insociable photographique. Cette photo prise à Lamu en 2000 résume tout ce que la photographie de personnage m’apporterait si je n’étais pas si coincé.

Après trois semaines passées dans l’île de Lamu au Kenya, le jour du départ était arrivé et je m’apprêtais à prendre le bâteau vers le minuscule tarmac de l’îlot-aérodrome. Ayant vingt minutes avant d’embarquer, je suis allé dire aurevoir à quelques amis dont la maman de la petite Ruby. J’ai laissé mon sac photo et ai pris seulement mon appareil numérique dans la poche, pensant pouvoir faire quelques photos souvenir de dernière minute.

Durant mon séjour, j’ai eu l’occasion de croiser plusieurs fois la petite Ruby dont j’ai tout de suite remarqué le tempéramment sauvageon. En trois semaines, elle ne m’a jamais addressé la parole et lorsqu’elle me croisait, veillait toujours à éviter le champ de mon objectif. Arrivé à sa maison, je saluai sa maman et une amie qui m’invitèrent pour une tasse de thé. Ruby était étonnemment sociable contrairement à ce que j’avais pu voir d’elle. Etait-ce parce qu’elle savait que je partais? ou avait-elle compris que je n’étais pas un ogre qui mangeait les petits enfants.

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mardi 9 mai 2006

z600_1192

z600_1192.jpgCertains d’entre vous me demandent de temps à autre: « Quand vas-tu changer ton téléphone qui fait des photos pourries. ». Ma réponse est simple: bientôt, avec plaisir mais à contre-cœur.
Je m’esssplique.

Avec plaisir parce que cela fait bientôt trois ans que je fais des instantanés de 288 x 352 pixels et qu’il est temps d’avancer et d’essayer d’autres outils. J’ai fait à ce jour 1192 mopix comme je les appelle, et arrive à une certaine sensation de réplétion qui me donne envie de goûter à autre chose.

A contre-cœur car je vais regretter les photos pourries de mon Z600. Le fait d’avoir un outil qui libère de toute possibilité de faire une “belle” photo, change beaucoup de choses à son rapport à l’image. On se concentre ainsi uniquement sur le sujet que l’on souhaite photographier sans se soucier de la qualité de l’image puisqu’on a aucun contrôle sur celle-ci. Même avec Photoshop on n’arrive à rien rattraper, c’est pour vous dire…

En tout cas, ce que je trouve unique avec le fait d’avoir un appareil photo couplé à un objet que l’on porte quasiment tout le temps sur soi, est de pouvoir saisir des images de moments que l’on aurait jamais pu saisir autrement. C’est un bloc-notes visuel qui permet de revisiter beaucoup de moments de vie. Pour vous je ne sais pas, mais pour moi ça me permet de classer beaucoup de choses.

En parlant de classement, mes mopix sont toutes visibles sur flickr, qui, pour ceux qui ne connaissent pas encore, est probablement la plus grande base de stockage et de partage de photos actuellement sur le web (On y trouve plus de 100’000’000 d’images dont beaucoup de couchers de soleil).

J’ai conscience que mes timbres-poste flous font pâle figure comparés aux centaines de milliers d’images magnifiques que l’on trouve sur flickr, mais grâce à elles, et à cette suite d’images de mon quotidien anodin, j’ai pu vérifier ce que mon ami Georges Tourdjmann m’a un jour dit: « La photographie est une question de regard et non une question de technique ». Lui qui fait partie des plus grands sait de quoi il parle et aujourd’hui lorsque je regarde la déferlante des images toujours plus nettes, toujours moins bougées, toujours plus Photoshop-isées je me demande franchement si la course au mégapixel ne nous détourne pas un peu du sujet.

Je ne suis pas un anti-numérique mais plutôt un anti-ce-que-l’on-fait-avec-le-numérique. Heureusement, dans peu de temps, les microprocesseurs auront nivellé les compétences techniques de tout le monde et nous pourrons enfin nous intéresser à l’essentiel.

Vive les photos pourries!

dimanche 23 avril 2006

Savoir d’où on vient

Comme nombre de personnes, j’ai des problèmes de communication avec mes parents. Depuis mes soucis de santé en 1998 quelque chose s’est irrémédiablement cassé et nous a terré dans un mutisme et une incompréhension mutuelles que j’ai accepté et que je ne cherche plus vraiment à comprendre.

Quoique.

Mon père m’a récemment fait signe sous une forme qui ne lui est pas habituelle. Il m’a envoyé au bureau un CD contenant des images scannées de moi enfant, de son père à New York en 1940 et de Singapour dans les années soixante. L’envoi était lapidaire et empreint de la distance qui nous sépare. L’enveloppe jaune-fédéral contenait un CD, deux planches-contact, une liste de légendes et une carte d’accompagnement griffonné de cinq lignes maladroitement manuscrites. A première vue j’ai cru recevoir une lettre de mon assureur. C’était bien mon paternel.

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lundi 17 avril 2006

Résonnance

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Gilbert Landry était musicien de jazz et un ami cher. Il nous a quitté il y a quelques semaines après une lutte inégale contre cette poisse de cancer qui a encore trop souvent le dernier mot.

J’ai pris cette photo lors d’un des derniers bœufs qu’il a joué chez lui avec tous ses copains musiciens. L’ambiance était bon enfant et cette réunion entre amis n’avait aucun autre but que de jouer du jazz et passer un bon moment. Bien que je connaissais Gilbert depuis une bonne quinzaine d’années, je n’avais pas eu la chance de le voir jouer très souvent. Il était tellement perfectionniste qu’il préférait jouer chez lui sur des disques plutôt que de monter sur une scène avec des musiciens qui ne partageaient pas sa vision du jazz. Ses amis ont réussi à le sortir de ces années de solitude musicale pour qu’il partage enfin son art avec tous. Lui qui avait connu la scène du Montreux Jazz, se devait de remonter sur une scène tôt ou tard. La musique et les voyages étaient toute sa vie et c’est en partie grâce à lui que j’aime le jazz et les horizons lointains.

Aujourd’hui la trompette de Gilbert est muette et je n’arrive pas encore à savoir si la silence de cette image me pèse ou si elle sublime la mémoire de ses notes et de son amitié. Je ne savais pas lorsque j’ai déclenché que cette notion de résonnance qui s’impose dans tout ce que je fais, prendrait une dimension si forte.

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