« imago »

Prototype inconscient d'un photographe

« L’image expliquée »

Commentaires au gré de ma photothèque. J’explique l’envers du décor, pourquoi j’ai déclenché et comment ces images me parlent.

samedi 7 avril 2007

La photo du mois: Capitons

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En contraste avec le mois dernier, la photo de ce mois n’a strictement aucune histoire qui mérite d’être contée ici bas. Pourtant, elle est probablement l’une de celles qui a évoqué chez ceux qui m’en ont parlé, des idées, voire des fantasmes les plus divers.

Et vous, que voyez-vous? Au moment de déclencher je n’ai rien vu de ce qui vous traverse l’esprit en ce moment-même et j’ai presqu’envie de clore ce billet à ce point pour que vous continuiez à laisser galoper votre esprit sans moi.

Certains d’entre vous s’arrêteront à la première lecture de cette image qu’ils auront puisé dans la mémoire collective de la culture générale. Le rouge évoque le feu, l’amour, quelque chose d’ardent et de vif. Ajouté à ce capitonnage cossu, la photographie nous laisse quelque part entre un salon feutré de club anglais et une chambre capitonnée d’un vieil hôpital psychiatrique.

S’installer pour mieux lire

Ceux qui prendront la peine d’aller un pas plus loin dans la lecture de cette photographie, commenceront à la connecter à leur propre paysage visuel. La composition simple force à l’évocation et des souvenirs remontent très vite en formant des images subliminales. Certains y verront le fauteuil dans la bibliothèque de leur maison de vacances, d’autres se sentiront transportés dans le lobby d’un hôtel à San Fransisco, les derniers verront éventuellement ce que j’ai vu. En puisant ainsi dans sa propre mémoire, des sensations remontent, des visages apparaissent, on entend presque des sons et l’on revit des instants que l’on croyait oubliés. On voudrait que le rouge soit un peu plus comme ci ou légèrement comme cela, on s’approprie l’instant, on reconstitue une scène. On se surprend à chercher une présence dans les reflets du cuir; on en sentirait presque l’odeur. Le souvenir peut être agréable et la photo devient amie; il peut être dérangeant et on ne l’apprécie pas.

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mardi 6 février 2007

La photo du mois: Proches

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Nous étions à l’arrêt et avions coupé le moteur de la Land Rover comme à chaque fois que nous rencontrions une harde. Un groupe d’environ cinq à sept éléphants traversait la piste avec la nonchalance débonnaire qui les caractérise. Malgré leur taille impressionnante, on ne les entendait pas sauf lorsqu’ils cassaient des branches en sortant des bosquets ou arrachaient de l’herbe avec leur trompe pour le fouetter contre le sol afin d’en débarasser la terre dont ils ne sont pas très friands. Harsha Gammanpila, le chef de notre projet de recherche, connaissait ces individus pour les avoir observé plusieurs fois. Il les reconnaît habituellement à la forme de leurs oreilles, à leurs blessures ou aux autres particularités physiques propres à chaque animal. On le sentait proche de ces animaux, malgré qu’ils soient sauvages, dangereux et très loins des clichés de bêtes de cirque qui nous viennent à l’esprit lorsqu’on les évoque.

Devant nous, sur la droite du véhicule, à environ vingt mètres, une femelle adulte vaquait calmement à ses occupations tout en nous observant du coin de l’œil. Nous étions tous fascinés par les mouvements lents et expressifs de cet animal qui montrait une forme d’intelligence évidente. Pendant que Harsha nous expliquait l’environnement et le comportement de l’espèce, j’ai empoigné mon boîtier et ai visé l’animal pour faire quelques vues et profiter de la proximité exceptionnelle dont nous bénéficions.

Pour une raison inattendue, l’éléphant s’est immédiatement senti agressé et nous a chargé toutes oreilles déployées avec une puissance et une vélocité impressionnantes. En une fraction de seconde j’ai oté mon appareil de sa vue et me suis terré dans mon siège essayant de maîtriser la poussée d’adrénaline qui m’avait envahi. A ce même instant, Harsha et Sanpath, notre chauffeur, se sont jetés à la fenêtre en criant pour tenter d’arrêter cette bête que j’avais énervé par mon geste imprudent. Elle s’arrêta à peut-être cinq mètres du véhicule; j’avais l’impression qu’elle était sur mes genoux.

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lundi 27 novembre 2006

Instant d’ami: Madrid de noche

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Au lieu de continuellement étaler mon égo sur ce blog, j’ai décidé de créer une catégorie “Instants d’amis” dans lequel je présenterai de temps à autre une sélection des images que je reçois de plus en plus souvent par email. Ce blog contribuerait-il à éveiller des vocations?

Je me suis toujours dit que la différence entre un photographe professionnel et un amateur est que l’un en vit, l’autre pas. C’est une vision un peu simpliste mais aussi une manière de dire que la qualité photographique ne se mesure ni à la longueur de l’objectif, ni au prix du pixel. C’est plutôt une bonne chose que la photographie soit aujourd’hui aussi facile à partager, encore faut-il laisser au placard ses complexes multiples qui empêchent parfois le petit oiseau de sortir.

« Madrid de noche » m’a été envoyé par un ami typographe lors de son récent séjour dans la capitale ibérique. L’atmosphère de cette photographie me parle beaucoup car elle est à la fois urbaine, agréablement moite et mystèrieusement captivante. On sent le calme des toits en même temps que la rumeur de la ville au loin; le tout ponctué par les bruits émanant des activités nocturnes des madrilènes. L’antenne qui se dresse au dessus des habitations, ressemble à une sorte de périscope qui cherche quelque chose ou quelqu’un dans le camaïeu de tons chauds de cette nuit d’octobre. On se sent à la fois seul et accompagné, observateur et observé.

mardi 7 novembre 2006

La photo du mois: Translucidité

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Pour une fois, la photo du mois colle parfaitement à l’actualité. Si vous achetez aujourd’hui la Tribune de Genève ou Le Temps, vous y trouverez une annonce pleine page réalisée par ma moitié graphiste ou devrais-je l’appeler mon double tant j’ai passé d’heures à cliquer depuis le début du mois de septembre.

Mardi 7 novembre 2006 est une date historique pour la respectable marque horlogère Patek Philippe car elle réouvre ce jour « Les Salons Patek Philippe » après deux ans de travaux de rénovation de leur bâtiment historique au 41 rue du Rhône à Genève. La dernière rénovation majeure date de 1892 pour vous dire que ce jour sera marqué d’une pierre blanche (précieuse de préférence).

Cette image remonte à quelques semaines lorsque je visitais le chantier avec mon ami Jean-Daniel que je vous ai déjà présenté. C’est d’ailleurs lui qui transparaît derrière ce plastique fendu pendant que nous faisions des repérages dans le cadre du mandat que Patek Philippe nous a confié. Au cours de nos déambulations, nous étions attirés par tout sauf ce que l’on nous demandait et cette image en est un exemple.

Nous nous trouvions à un étage où les murs et fenêtres étaient protégés par des films plastiques pour permettre à certains corps de métier de poursuivre leur travail sans ruiner celui des autres. La douceur mystérieuse de la lumière diffusée par ces emballages éphémères allait de pair avec le calme olympien qui règnait sur ce chantier de luxe. Sans nous concerter, Jidé et moi nous pâmions comme des gosses devant ces détails insignifiants que personne n’avait l’idée de regarder. Objets posés en vrac, déchets dispersés, rouleaux de trucs, boîtes de machins, ouvriers en blanc, d’autres en bleu, un chantier est une mine d’or photographique pour qui prend le temps d’observer.

Derrière ce voile diaphane, le photographe pose pour le photographe; ce n’est donc pas un quidam qui passe mais Dupond qui répond à Dupont. Je dirai même plus: c’est Dupont qui répont à Dupond. Vous n’entendez pas nos rires infantiles de professionnels pourtant reconnus pour leur sérieux, mais essayez de les imaginer et vous comprendrez pourquoi cette photographie me donne la banane.

A travers cette translucidité, j’ai eu un instant de courte transe et d’importante lucidité qui m’ont rappelé pourquoi je photographie; j’aime simplement le plaisir innocent d’illustrer des instants vécus et de les partager avec qui veut. Lucidité et illustrer tirent d’ailleurs leur étymologie du latin lucidus qui signifie: clair, lumineux; des mots qui tombent à pic pour étayer mon propos en ce début de période hivernale où la lumière manque cruellement à ma glande pinéale qui a parfois le défaut gênant de retenir au petit matin l’obscurité chronique dont je souhaite un jour sortir.

samedi 7 octobre 2006

La photo du mois: Patchwork Circus

Ce mois il y aurait tant de choses à dire autour de cette photo qu’un billet ne suffirait pas. J’avais entendu il y a longtemps que la photographie de spectacle était une des meilleures écoles pour faire ses gammes. Vous savez quoi? C’est vrai.

En deux mots, Patchwork Circus = Anaïs et Nicolas Spühler. Nicolas = actinic = un des derniers laboratoires de tirage argentique noir et blanc à Genève.

J’ai rencontré Nicolas, il y a quelques années, à l’époque où j’avais repris un peu la photo et que j’avais besoin d’un labo pour développer mes films noir et blanc. J’avoue ne plus bien me souvenir comment nos routes se sont croisées. Ce dont je me souviens c’est le premier regard de Nicolas sur mes images et ce rapport immédiatement proche qu’il entretient avec les images photographiques. C’est d’ailleurs grâce à lui que j’affectionne le noir et blanc argentique et tant qu’il sera là, je continuerai à en faire.

Nicolas, tireur, photographe, fait également du théâtre et a monté une troupe de cirque avec sa femme Anaïs Stauffer. En fait, ils n’étaient pas mariés quand Anaïs a lancé cette idée et pour l’anecdote, ils se sont mariés l’année dernière sous le chapiteau du Patchwork Circus à la grande surprise de tous leurs amis qui pensaient venir à une représentation pour les potes. Le maire était déguisé en clown et était le seul dans le secret avec la costumière et le bijoutier créateur des alliances. Même les témoins n’en savaient rien. Une soirée hors du temps.

Lors du dernier spectacle intitulé Gueule d’Ange, Nico m’a demandé si je voulais faire quelques photos ce que j’ai évidemment accepté. J’avoue en avoir bavé car ayant tendance à faire confiance à la cellule de mon appareil, j’ai dû beaucoup réfléchir et beaucoup retenir ma respiration car dans un spectacle, la lumière est faible et difficile à maîtriser même en poussant son film à 1600 ASA.

Avec beaucoup d’humilité je vous avouerai que la plupart de mes images sont… ratées sauf peut-être celle-ci et quelques autres qui sortent du lot. J’ai choisi cette image parce que l’atmosphère y est particulière et parce qu’elle retranscrit le mieux ce que j’ai ressenti. J’ai également choisi cette image pour faire hurler ceux qui ne supportent pas que l’on coupe une tête sur une photographie. On fait ce que l’on veut d’abord (et en l’occurrence, ce que l’on peut).

Nicolas aurait mieux fait de me demander de créer l’affiche comme pour son spectacle précédent “Les Joyeuses commères de Windsor” joué au Théâtre des Salons à Genève. Cependant je crois qu’il y a des disciplines comme la photographie de spectacle qui génèrent plus de déchets et où il faut persévérer sans avoir peur de se planter. D’ailleurs, cette peur est pour moi un problème récurrent qui me freine dans diverses activités de la vie courante. Si, par exemple, je n’aime pas le ski c’est parce que je n’ai jamais accepté de tomber (en plus d’être frileux). En photo, combien d’entre vous tirent vraiment un enseignement de leurs images ratées? C’est pourtant elles qui vous feront avancer. Du coup, je vais peut-être me remettre au ski.

Pour finir, le meilleur conseil que je puisse vous donner si vous souhaitez faire de la photographie de spectacle est: allez-y au moins deux fois. Une fois pour photographier, une autre pour voir le spectacle. Comme je ne suis allé qu’une fois à Gueule d’Ange, je ne vous ferai pas le pitch car je n’ai malheureusement pas tout suivi trop occupé à courir après mes réglages, pellicules et la lumière qui changeait tout le temps. Sans parler de la dizaine d’artistes sous ce tout petit chapiteau, jongleurs, chanteurs, trapézistes, dompteur de bouvier bernois et j’en passe. J’attendrai la sortie du DVD.

vendredi 1 septembre 2006

La photo du mois: Bâtiment G/H

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Regardez-bien cette photographie car elle risque de devenir le témoin d’un temps passé. C’est une vue de la fenêtre de mon atelier prise un soir vers vingt heures lorsque je partais et que l’élégance de la lumière tombante me retenait par un pan de la chemise.

Ce billet sera volontairement court car je n’ai pas envie d’être trop polémique, politique, ni dévoiler mon aversion pour les acteurs du milieu immobilier. Zut, je viens de le faire.

Bref. Au premier plan vous avez le « bâtiment G/H » du site de l’ex-S.I.P (Société genevoise d’instruments de physique) où mon atelier se situe. Il est occupé par des artistes et indépendants en tout genre, des gens vraiment riches et talentueux; certainement pas des squatteurs. On leur a récemment coupé l’eau chaude allez savoir pourquoi.

Au second plan, les murs blancs récemment repeints habillent le « bâtiment E ». Celui-ci est rempli, au rez-de-chaussée, de machines curieuses de la Faculté des sciences de l’université et, à l’étage, d’un collectif d’artistes du barreau — communément appelés « avocats » — sans doute des gens très bien, riches aussi, mais pas de la même façon.

Hors champ, au bas de l’image, se trouve la cour dans laquelle notamment j’ai une place de parking qu’on m’a aimablement demandé de débarasser par une lettre portant un timbre à trois francs. A ceux qui n’ont pas réagi à temps, on a déposé en offrande d’élégants catafalques en béton (sans nain de jardin).

Après bientôt douze ans passés ici, je viens de découvrir que nous sommes en plein Far West!

Les nombreuses entreprises du « bâtiment A » dont je fais partie, attendons sans impatience l’attaque probable des indiens qui, vous le savez comme nous, n’entrent jamais par la porte mais dans la boîte aux lettres par recommandation du facteur. Ou est-ce les requins… je ne me souviens plus bien.

samedi 5 août 2006

La photo du mois: Le trinquet Maitena

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Non ce n’est pas un vieux hangar désaffecté. Ce n’est pas non plus un dépôt vide dans la zone industrielle de Bümplitz-gare. Une grange? non plus. Un court de squash? Presque…

Ce lieu est un trinquet et se trouve en plein centre-ville de Saint-Jean-de-Luz dans le pays Basque français. On y pratique diverses variantes de pelote basque, soit à main nue, soit au moyen de raquettes en bois.

Je suis loin d’être un spécialiste de la pelote basque et n’oserai pas m’essayer à vous expliquer les moultes disciplines et variantes de ce sport. S’il y a de vrais basques parmi nous, et si je raconte trop d’inepties, qu’ils n’hésitent pas à me reprendre dans les commentaires.

On dit que le trinquet est probablement né après la révolution française d’une évolution du jeu de paume. Jusque là, le jeu de paume était réservé à la noblesse et à la haute bourgeoisie car trop compliqué pour le niveau de culture du peuple de l’époque. Après la tourmente de la révolution, le jeu de paume n’était plus à la mode et les salles furent désertées. C’est ainsi, dit-on, que le peuple basque prit possession de celles-ci et en simplifiant les complications du sport roi, donna naissance au trinquet.

L’origine du mot trinquet semble encore un peu floue de nos jours (en tout cas de ce que j’ai pu lire). Certains l’attribuent au « triquet », instrument avec lequel on jouait; d’autres disent que le nom vient du fait que l’on trinquait après les jeux dans le petit cabaret attenant à chaque terrain.

Pour y avoir joué quelques fois, et au risque de faire un jeu de mots facile, je me souviens en avoir trinqué tant ce sport est à l’image de nos amis basques: fort et authentique. Imaginez une raquette qui n’est rien de plus qu’une planche en bois (appelée « pala ») avec laquelle on tape violemment une balle dure comme un caillou faite d’un cœur en gomme recouvert de cuir de chèvre. Dès le premier coup vous avez tous les os du corps qui s’entrechoquent et les articulations qui chantent le flamenco. Pour le moins, ce n’est pas un sport de carpette.

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jeudi 13 juillet 2006

Jeudi 4h15

Dur dur le réveil ce matin. Pour la deuxième fois, je suis allé photographier le pain et les pâtissiers chez « Golay ». Cette expérience est véritablement enrichissante et me fait beaucoup de bien.

Ce matin j’ai tenté de sortir de mes carcans et ai timidement pointé mon objectif vers des… humains! Oui vous avez bien lu. J’ai également exploré d’autres règlages de mon appareil pour sortir de certaines habitudes comme la priorité à la (trop) grande ouverture qui me joue (trop) souvent des tours.

Pour se faire accepter et passer inaperçu, le photographe n’a qu’une seule option: attendre. Ce matin j’ai pu vérifier cette règle d’or, car ce n’est qu’après trois heures passés dans cet espace restreint en compagnie de gens qui ne me connaissent pas, que l’objectif a fini par s’effacer pour laisser place à un rapport fragile et intense dans lequel, soudainement, les visages s’ouvrent, les regards deviennent complices et les sujets vous invitent presque à les photographier. Le temps imparti reste cependant très court et si on en abuse, on devient à nouveau l’intrus que l’on était en arrivant.

Attendons de voir si les images sur la pellicule montrent l’intrus et des moments volés, ou alors l’invité avec des instants partagés.

lundi 3 juillet 2006

La photo du mois: Ami du pain

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La photo de ce mois marque le point de départ d’un projet personnel que je voulais entreprendre depuis longtemps. Celui-ci associe le goût à l’image puisque j’ai été traîner mon objectif dans le laboratoire d’un boulanger-confisier-pâtissier qui officie non-loin de chez moi et qui contribue depuis près de cinq ans aussi bien à mon bien-être matinal qu’à mon embonpoint croissant (au beurre).

Jean Lanfranconi fait du bon pain depuis bientôt quarante ans dans l’entreprise que son grand-père fonda et qui porte encore son nom: « Golay ». La seule chose que j’ai envie de dire est que cet homme et ceux qui travaillent avec lui, sont bons comme les produits qu’ils confectionnent. Lorsque je mords dans un de leurs petits pains au sucre ou dans une tranche de pain aux céréales, je ressens immédiatement les plaisirs de mon enfance et l’innocence de ces petits moments égoïstes qui n’ont jamais fait de mal à personne.

Pour le moment, je n’ai pas grand chose à dire sur ce travail sinon que je n’ai shooté que deux pellicules qui m’ont procuré un réel plaisir même si le résultat ne me satisfait pas tant. La première planche est digitalisée et j’en suis tout juste à me demander si j’ai fait le bon choix de sensibilité de film. Je n’ai aucune idée si je vais continuer, si j’aboutirai sur quelque chose de cohérent et de montrable, ni combien de temps ça va prendre. Cela va dépendre de ce que le film révèlera et de combien de temps ces hommes supporteront mon intrusion dans leurs matins de labeur. Je me suis seulement fixé quelques petits défis comme celui de ne pas faire uniquement des images comme celle-ci, vide de tout personnage (et même de petits-pains); pour le reste je laisserai faire le temps.

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mercredi 14 juin 2006

Chaud-Froid

Hier, un ami m’a fait le plaisir de vouloir décorer sa salle de bains avec deux de mes photos. L’idée est pour le moins insolite! C’est amusant (et flatteur) de savoir que ce diptyque nébuleux sera peut-être présent dans un lieu aussi personnel.

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Pour la petite histoire, l’année dernière j’étais à cette même période dans le studio new-yorkais d’un grand photographe du National Geographic chez qui j’étais en stage trois jours pour essayer de soigner (sans succès) ma phobie socio-photographique. Passant en revue mon portfolio du haut de ses 1 mètre 60, Steve M. s’est arrêté net sur ces deux images en me disant d’un ton très péremptoire qu’elles étaient floues et que je ferais mieux de n’en montrer qu’une. Arrivé à la fin du book, il s’est rendu compte que c’était peut-être volontaire et est alors revenu en arrière pour me demander pourquoi ces deux robinets étaient comme cela. Aujourd’hui encore, je ne suis pas certain qu’il a vraiment compris ma réponse.

La moralité de l’histoire est que l’image juste n’existe pas, celle qui est vraie peut-être d’avantage. Pour ma part, j’essaye d’éviter tant que possible la photographie démagogique, celle qui montre la personne que l’on n’est pas. Faisons confiance à notre intuition et montrons plutôt ce que nous avons dans le ventre sans forcément chercher à l’expliquer. Les mots viennent souvent après et il ne faut alors pas craindre ce qu’ils disent (ça c’est pour ceux qui diront que j’ai des robinets flous dans le ventre).

Je me souviens de la salle de bains dans ce beau mas de Provence. C’était le matin et il faisait déjà chaud. Le souvenir est aussi vague que les robinets ne sont pas nets. Pourquoi le sont-ils? Je dois vous avouer que je m’en flous un peu. Ces images m’ont laissé une sensation agréable.

vendredi 2 juin 2006

La photo du mois: Au pied du mur

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Je sais, cela fait déjà plusieurs mois que je suis revenu d’Argentine, mais voilà, c’est à peu près ce temps qu’il me faut pour guérir d’un voyage au long cours. Non pas que celui-ci soit une maladie, mais plutôt une contagion, une sorte de virus qui vous prend et vous démange en permanence.

Contrairement à chez nous, les murs de Buenos Aires portent des graffitis d’une élégance rare. Réalisés au pochoir (et non au chablon) ils véhiculent différents messages, politiques, sociaux ou simplement graphiques comme celui devant lequel je me suis arrêté ici (à moins que ce ne soit une publicité pour les BlackSocks). Les graffitis des uns s’additionnant à ceux des autres peuvent parfois créer de véritables œuvres d’art digne des prestigieuses galeries d’art contemporain qui ont pignon dans ma rue.

L’art urbain et le « found type » sont des sujets récurrants dans mon objectif. Je n’y peux rien, c’est de la déformation professionnelle après près de vingt ans de graphisme. Ce qui me plaît outre celui-ci, est de pouvoir prendre le relais du travail d’autres personnes en le mettant en valeur par la photo. C’est une forme de travail collectif avec la ville, la lumière et des inconnus.

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dimanche 14 mai 2006

Insociabilité photographique

Une de mes quêtes depuis que la photo a pris place dans mon quotidien, est de comprendre pourquoi je suis un insociable photographique. Cette photo prise à Lamu en 2000 résume tout ce que la photographie de personnage m’apporterait si je n’étais pas si coincé.

Après trois semaines passées dans l’île de Lamu au Kenya, le jour du départ était arrivé et je m’apprêtais à prendre le bâteau vers le minuscule tarmac de l’îlot-aérodrome. Ayant vingt minutes avant d’embarquer, je suis allé dire aurevoir à quelques amis dont la maman de la petite Ruby. J’ai laissé mon sac photo et ai pris seulement mon appareil numérique dans la poche, pensant pouvoir faire quelques photos souvenir de dernière minute.

Durant mon séjour, j’ai eu l’occasion de croiser plusieurs fois la petite Ruby dont j’ai tout de suite remarqué le tempéramment sauvageon. En trois semaines, elle ne m’a jamais addressé la parole et lorsqu’elle me croisait, veillait toujours à éviter le champ de mon objectif. Arrivé à sa maison, je saluai sa maman et une amie qui m’invitèrent pour une tasse de thé. Ruby était étonnemment sociable contrairement à ce que j’avais pu voir d’elle. Etait-ce parce qu’elle savait que je partais? ou avait-elle compris que je n’étais pas un ogre qui mangeait les petits enfants.

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mardi 2 mai 2006

La photo du mois: ¡Mírame!

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(Son mp3 - 5 minutes 41 secondes - 5.2 Mo)

Dimanche 22 janvier 2006. J’avais promis à Gilbert de ne pas rater la mythique Feria des Antiguedades qui prend place tous les dimanches depuis 1970 dans le barrio de San Telmo à Buenos Aires. Ce quartier est le plus vieux de la ville et est sans équivoque le berceau de la culture porteño. Vous seriez étonné de ce que l’on ressent en marchant dans les rues pavées de San Telmo.

L’enregistrement qui accompagne cette image a été réalisé en déambulant au gré des étals installés sur la Plaza Dorrego. Ces sons d’ambiance sont bruts et n’ont pas été montés ni corrigés. Je suis resté ici au moins quatre heures et me suis imprègné de l’ambiance singulière du lieu bercé par les mesures lancinantes et omniprésentes du tango. Au milieu des flâneurs dont je faisais partie, j’ai déclenché moins de cent vues, essayant de défier la phobie sociale qui m’interdit de pointer mon appareil vers quiconque.

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lundi 17 avril 2006

Résonnance

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Gilbert Landry était musicien de jazz et un ami cher. Il nous a quitté il y a quelques semaines après une lutte inégale contre cette poisse de cancer qui a encore trop souvent le dernier mot.

J’ai pris cette photo lors d’un des derniers bœufs qu’il a joué chez lui avec tous ses copains musiciens. L’ambiance était bon enfant et cette réunion entre amis n’avait aucun autre but que de jouer du jazz et passer un bon moment. Bien que je connaissais Gilbert depuis une bonne quinzaine d’années, je n’avais pas eu la chance de le voir jouer très souvent. Il était tellement perfectionniste qu’il préférait jouer chez lui sur des disques plutôt que de monter sur une scène avec des musiciens qui ne partageaient pas sa vision du jazz. Ses amis ont réussi à le sortir de ces années de solitude musicale pour qu’il partage enfin son art avec tous. Lui qui avait connu la scène du Montreux Jazz, se devait de remonter sur une scène tôt ou tard. La musique et les voyages étaient toute sa vie et c’est en partie grâce à lui que j’aime le jazz et les horizons lointains.

Aujourd’hui la trompette de Gilbert est muette et je n’arrive pas encore à savoir si la silence de cette image me pèse ou si elle sublime la mémoire de ses notes et de son amitié. Je ne savais pas lorsque j’ai déclenché que cette notion de résonnance qui s’impose dans tout ce que je fais, prendrait une dimension si forte.

samedi 11 mars 2006

Mousti-care

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En cette période d’épidémie de Chikungunya, cette image prend soudainement un sens différent. Impossible de ne pas penser à ces petits tortillons verts qui empêchent les anophèles d’innoculer leur virus dévastateur chez mes amis des îles.

Cette image date de décembre 2000 et a été prise sur l’île de Moorea en Polynésie Française. L’hôtel où je me trouvais n’était pas trop incommodé par les moustiques probablement parce qu’il devait être démoustiqué régulièrement. On pouvait cependant trouver dans les chambres ces tortillons pour lesquels j’ai presque une affection tant elles me rappellent mon enfance à Singapour.

Je me souviens de la maison d’un ami chez qui je dormais régulièrement. Il s’appellait Romano je crois, et sa mère: Renata. C’était une maison coloniale habillée de bois sombre, c’est tout ce dont je me souviens, j’avais cinq ans. Renata placait sous nos lits ces tortillons verts pour que l’on ne soit pas piqué durant la nuit. Je me souviens de l’odeur comme si c’était hier.

Lorsque, sous les tropiques, j’ai l’occasion d’allumer un tortillon, je revisite ces instants en me demandant ce qu’est devenu mon ami Romano.

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