Ce mois il y aurait tant de choses à dire autour de cette photo qu’un billet ne suffirait pas. J’avais entendu il y a longtemps que la photographie de spectacle était une des meilleures écoles pour faire ses gammes. Vous savez quoi? C’est vrai.
En deux mots, Patchwork Circus = Anaïs et Nicolas Spühler. Nicolas = actinic = un des derniers laboratoires de tirage argentique noir et blanc à Genève.
J’ai rencontré Nicolas, il y a quelques années, à l’époque où j’avais repris un peu la photo et que j’avais besoin d’un labo pour développer mes films noir et blanc. J’avoue ne plus bien me souvenir comment nos routes se sont croisées. Ce dont je me souviens c’est le premier regard de Nicolas sur mes images et ce rapport immédiatement proche qu’il entretient avec les images photographiques. C’est d’ailleurs grâce à lui que j’affectionne le noir et blanc argentique et tant qu’il sera là, je continuerai à en faire.
Nicolas, tireur, photographe, fait également du théâtre et a monté une troupe de cirque avec sa femme Anaïs Stauffer. En fait, ils n’étaient pas mariés quand Anaïs a lancé cette idée et pour l’anecdote, ils se sont mariés l’année dernière sous le chapiteau du Patchwork Circus à la grande surprise de tous leurs amis qui pensaient venir à une représentation pour les potes. Le maire était déguisé en clown et était le seul dans le secret avec la costumière et le bijoutier créateur des alliances. Même les témoins n’en savaient rien. Une soirée hors du temps.
Lors du dernier spectacle intitulé Gueule d’Ange, Nico m’a demandé si je voulais faire quelques photos ce que j’ai évidemment accepté. J’avoue en avoir bavé car ayant tendance à faire confiance à la cellule de mon appareil, j’ai dû beaucoup réfléchir et beaucoup retenir ma respiration car dans un spectacle, la lumière est faible et difficile à maîtriser même en poussant son film à 1600 ASA.
Avec beaucoup d’humilité je vous avouerai que la plupart de mes images sont… ratées sauf peut-être celle-ci et quelques autres qui sortent du lot. J’ai choisi cette image parce que l’atmosphère y est particulière et parce qu’elle retranscrit le mieux ce que j’ai ressenti. J’ai également choisi cette image pour faire hurler ceux qui ne supportent pas que l’on coupe une tête sur une photographie. On fait ce que l’on veut d’abord (et en l’occurrence, ce que l’on peut).
Nicolas aurait mieux fait de me demander de créer l’affiche comme pour son spectacle précédent “Les Joyeuses commères de Windsor” joué au Théâtre des Salons à Genève. Cependant je crois qu’il y a des disciplines comme la photographie de spectacle qui génèrent plus de déchets et où il faut persévérer sans avoir peur de se planter. D’ailleurs, cette peur est pour moi un problème récurrent qui me freine dans diverses activités de la vie courante. Si, par exemple, je n’aime pas le ski c’est parce que je n’ai jamais accepté de tomber (en plus d’être frileux). En photo, combien d’entre vous tirent vraiment un enseignement de leurs images ratées? C’est pourtant elles qui vous feront avancer. Du coup, je vais peut-être me remettre au ski.
Pour finir, le meilleur conseil que je puisse vous donner si vous souhaitez faire de la photographie de spectacle est: allez-y au moins deux fois. Une fois pour photographier, une autre pour voir le spectacle. Comme je ne suis allé qu’une fois à Gueule d’Ange, je ne vous ferai pas le pitch car je n’ai malheureusement pas tout suivi trop occupé à courir après mes réglages, pellicules et la lumière qui changeait tout le temps. Sans parler de la dizaine d’artistes sous ce tout petit chapiteau, jongleurs, chanteurs, trapézistes, dompteur de bouvier bernois et j’en passe. J’attendrai la sortie du DVD.