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Prototype inconscient d'un photographe

« La Photo du mois »

Dix mois, une photo par mois, cinq tirages originaux par photo.

jeudi 15 mai 2008

La photo du mois: la spirale

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Il y a les vues que l’on photographie au gré des vents, et il y a celles que l’on veut viscéralement — celle-ci en est une.

La terrasse des éléphants du temple Angkor Thom mesure plusieurs centaines de mètres de long et servait de balcon au roi Jayavarman VII pour contempler son armée victorieuse de retour de la guerre. J’ai écumé ce mur de long en large sous un soleil torride, fasciné par les nombreux bas-reliefs qui l’ornent. Pour une raison, ce détail m’a cueilli comme par hypnotisme et mon objectif s’est attardé devant avec insistance et détermination.

De ce que j’ai pu lire à mon retour, la spirale est, dans l’art asiatique, reconnu comme étant un symbole du soleil qui incarne la vie, la mort et la renaissance. Je ne le savais pas au moment de déclencher mais maintenant, je suis heureux de m’être cramé sous un soleil de plomb pour suivre mon intuition et ramener ce qui sera peut-être le symbole de tout mon voyage.

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lundi 10 décembre 2007

La photo du mois: Peut‑être flou

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On m’avait parlé de ses flous veloutés depuis peut-être le premier jour où je l’ai rencontré et dès lors je m’étais dit: « Un jour peut-être… ».

Peut-être ce jour est-il venu; peut-être est-ce ma première photo avec; peut-être que j’avais envie de ce flou comme on a envie d’une entrecôte argentine; peut-être y a-t-il une bande d’enfoirés que j’aime (et qui se reconnaîtront) qui me poussent à regarder la lumière; peut-être que je les déteste parce que j’étais bien pépère dans mon confort sans risques; peut-être veulent-ils que j’expose enfin, que je m’expose d’avantage; peut-être ne suis-je pas aussi dépressif que je le dis; peut-être assumerai-je enfin le titre de photographe.

Lorsque je l’ai pris dans les mains pour la première fois, c’était comme rencontrer un nouvel ami. Tout était suave: le poids, la texture, le son, le geste de visée. Il y avait aussi les sourires qui m’entouraient, les Polaroïds de ceux-ci et surtout cette douce sensation de ne rien comprendre et de me faire expliquer les rudiments de son utilisation par mes pairs. Je vis un retour aux sources, à l’essentiel de la photographie, au geste, au temps, à ce que j’ai déjà appelé: la contrainte utile de l’argentique. Ca fait du bien! Il faut bosser maintenant.

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mardi 6 novembre 2007

La photo du mois: Sortir du brouillard

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Très vite j’ai essayé de faire abstraction d’où j’étais et m’efforçai de me concentrer sur ce que j’allais photographier. Photographier des détails d’architecture n’est pas chose facile; mais lorsqu’on n’est pas inspiré ou que l’on se trouve sur un terrain hostile c’est encore plus difficile.

Les bureaux étaient encore inoccupés car les travaux venaient de se terminer. Malgré cela, je fus frappé de voir deux personnes juchées sur une échelle nettoyant des faux-plafonds déjà maculés de jaune nicotineux. L’odeur citron-fresh de leur produits ne suffisait pas à couvrir les miasmes âcres de fumée froide qui empestaient les lieux.

Moi qui ai failli partir d’un excès de vie de mes cellules, me voici chez un marchand de mort avec le mandat de le mettre en valeur avec mon regard. Que dois-je photographier? Dois-je m’arrêter au mandat que m’a confié l’architecte? Ai-je eu raison d’accepter? Que m’autorise mon éthique? Arriverai-je à retenir mon indignation.

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dimanche 7 octobre 2007

La photo du mois: J’irai où ils courront

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J’aime le rugby, je n’aime pas le football. Ces derniers temps, l’actualité m’a permis de beaucoup réfléchir à l’un, à l’autre et à ce qui m’en sépare. C’est une question — encore une — qui me turlupine. Qu’est ce qui fait courir les rugbymen; pour qui ou pour quoi courent les footballeurs. Lorsque je regarde des rugbymen, pourquoi suis-je admiratif; lorsque je regarde des footballeurs, pourquoi ai-je la nausée.

Ces deux disciplines ont tant en commun et pourtant, l’une a pris une place anormalement importante dans la société pendant que l’autre a su garder une noble humilité. Souvent entend-t-on dire que les rugbymen ont des qualités humaines que les footballeurs n’ont pas ou plus.

Si j’étais un gauchiste de base, je dirai que tout ceci est la faute au pognon ma bonne dame. Ouaip, travailleurs, travailleuses, le patronat vous ment, le patronat vous spolie. Le fric a pourri le football et contaminera sous peu le rugby.

Etant apolitique, je ne le vois pas ainsi. Je pense que les rugbymen sont des marchands de valeurs et les footballeurs sont leurs faussaires.

« Valeur », le grand mot de ce siècle, utilisé à tout-va et dont la définition est aussi élastique que les bretelles de mes aïeux. La définition de ce mot résume à elle-seule toutes les contradictions perverses de notre société car pourquoi diable utilise-t-on le même mot pour décrire d’une part la qualité d’une personne et de l’autre le caractère d’un bien marchand. S’il y a un linguiste dans la salle qu’il se lève et qu’il parle maintenant.

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mercredi 5 septembre 2007

La photo du mois: Voix tu?

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L’idée de ce billet m’est venue il y a quelques temps lorsque je fis la rencontre d’une personne, fidèle lectrice de ces chroniques, qui se retrouva pour la première fois face au son de ma voix après avoir entendu d’autres sons à travers les textes écrits.

Evidemment, cette rencontre m’interpella et me fit réfléchir à un sujet qui m’intéresse à savoir les sons que peuvent émettre l’art visuel et plus précisément ce que j’appelle la « voix » photographique. Je vais tenter de vous en donner ma définition et vous laisserai le soin d’en faire la vôtre.

Le syndrome de Jeanne-d’Arc

La photographie est un acte solitaire et on est toujours seul à déclencher même si on a des personnes devant l’objectif.

Dans cette solitude, vous est-il parfois arrivé d’entendre des sons, voire des voix intérieures qui vous parlent pendant que vous observez une scène? Je suis loin de tout mysticisme — comprenez-moi — mais entendez-vous parfois autre chose que les sons émanant de la scène que vous photographiez? Non? Ecoutez-bien. Ecoutez avec vos yeux.

Personnellement je n’entends jamais d’autre voix que celle de mon subconscient qui souvent me critique et parfois m’encourage. Avec elle, j’entends surtout des sons qui curieusement parviennent jusqu’à moi par les yeux et non pas les oreilles. Plus curieusement encore, beaucoup de mes photographies ont un rapport au silence et sans vouloir philosopher des heures je dirai que si je n’entendais pas des sons, je ne pourrai pas restituer le silence.

Ce type est complètement dingue — allez-vous dire — le voilà frappé du syndrome de Jeanne d’Arc; il entend des voix, de la musique et du silence. Au fou! Peut-être. Seulement, ce que vous ne savez pas, c’est qu’à partir de maintenant, vous n’allez plus regarder mes images, ni d’ailleurs les vôtres, de la même manière.

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lundi 6 août 2007

La photo du mois: Marque-mal

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Dans les ateliers de typographie d’antan, l’on appelait péjorativement marque-mal un ouvrier qui n’avait pas de capacités particulières. C’était une personne peu fiable et de mauvaise allure. Dans les ateliers modernes où le composteur a cédé sa place au mulot, on n’appelle pas, on laisse faire.

J’en vois déjà qui se rebiffent au fond de la salle. J’en vois qui préparent déjà leur parade de défense de la typographie libre et créative tout en vérifiant dans le dictionnaire que composteur ne soit pas une insulte envers ces braves travailleurs parés de jaune qui délivrent nos lettres et colis. Marque-mals du Mac, si vous vous reconnaissez, rendormez-vous, ce billet ne vous est pas destiné.

Entre les héros et les salauds…

Les mauvais ouvriers ont existé depuis la nuit des temps et il serait utopique de penser que le progrès les éradiqueraient. Les fainéants, planqués, cancres, bons-à-rien, poilus de la main et autres oisifs de mauvaise augure ont toujours été montrés du doigt et cachés par une société qui vise toujours plus, toujours mieux et d’avantage.

Ce que l’on refuse de regarder, c’est que nous sommes tous les mauvais de quelqu’un. A part une poignée de héros et un groupuscule de salauds, nous sommes tous médiocres et parfaitement incompétents dans la plupart des domaines. Bonne nouvelle: ce n’est pas une tare.

Mais alors, me direz-vous, qu’est-ce que ceci à avoir avec la typographie? Rien à priori, sauf que je me demande depuis longtemps pourquoi l’on voit tant de laideur typographique autour de nous; pourquoi ne peut on plus ouvrir un magazine, une brochure ou pire, un livre sans y voir des erreurs de composition aussi énormes qu’un paquebot dans une piscine. Aussi, pourquoi n’y a-t-il plus de mot pour qualifier les marque-mal de notre époque.

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jeudi 5 juillet 2007

La photo du mois: Carte postale

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Biarritz, 1989, la plage du Miramar au petit matin.

L’été venu, je faisais partie de ces enfants pris en otage par leurs parents vers une destination de vacances imposée et choisie longtemps à l’avance. Pour nous c’était vers le Sud-Ouest de la France que nous nous dirigions chaque année. Aux heures interminables de voiture s’ajoutaient les picnics œuf-dur-mayonnaise, les jeux débiles pour nous occuper, les nausées du siège arrière et l’indispensable pause-nougat sur l’aire d’autoroute de Montélimar.

Arrivés à Biarritz, je retrouvais chaque année la Villa Haïcia. Située entre le golf et le phare, c’était une vieille maison respectable que mon grand-père avait acquis après la guerre. J’y retrouvais le Jokari, les photos de famille et les films Super-8, le vieux clavecin du salon, le carrelage dessiné dit-on par Picasso, le morbier dont seul le mécanisme avait été cambriolé, les tomettes rouges de la cuisine, la fontaine aux clés, la cloche de vache dans la bibliothèque, les toilettes sous l’escalier, les BD de Bécassine et de Tintin, le jardin minuscule et son majestueux magnolia qui nous a vu faire — mon frère et moi — nos premiers pas. Je retrouvais aussi le vendeur de beignets d’abricots sur la plage et les boulettes de pétrole qui nous collaient sous les pieds. Que de souvenirs délicieux.

Il y avait aussi le vent, qui donna son nom basque à la maison; ce vent qui s’engouffrait dans ce passage étroit et escarpé qui descendait vers le Miramar. Il sifflait fort dans mes oreilles m’obligeant à tourner la tête pour entendre le grondement de l’océan qui m’excitait à mesure que l’on s’en approchait. J’entends encore les flik-flok de mes tongues qui bringuebalaient sous mes pas pressés de gosse qui n’avait qu’une idée en tête: la plage.

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lundi 4 juin 2007

La photo du mois: Sortez couvert

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Ce mois je me lance dans la rédaction d’un billet dangereux car il faudra que je veille à ne pas enfreindre un engagement de confidentialité que j’ai récemment signé et qui me mènerait directement à l’échafaud si j’osais divulguer quelqu’information qui soit concernant… [biiiip]

Par conséquence, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite et totalement indépendante de ma volonté. En d’autres mots: ne tirez pas sur le pianiste.

Me voilà couvert, ça tombe bien, c’est le titre du billet.

Photographier le fleuron de l’industrie suisse

Cette photo a été prise lors d’une récente session de photographie conduite dans une usine d’hor… odateurs de la région. Comme certains d’entre vous le savent, le graphiste Enrique Pardo voue une grande partie de son temps à concevoir des catalogues pour les horodateurs suisses. S’il ne met pas à jour son blog aussi souvent qu’il le voudrait et s’il ne fait pas toute la photographie qu’il aimerait, c’est en grande partie dû à sa dévotion aveugle en faveur de la promotion des horodateurs suisses. En ont-ils vraiment besoin? Et lui.

Lors de ce shooting et pour joindre l’utile à l’agréable, j’ai réussi à me greffer comme deuxième assistant d’un respectueux photographe qui a été mandaté pour faire des photos de certaines étapes de fabrication dans ladite usine d’horodateurs. A l’origine, on m’avait proposé de faire ce travail, mais comme la photographie d’horodateur suisse demande patience et minutie, et qu’il ne se photographie pas comme un éléphant sauvage dans la savane, je n’ai pu que décliner cette offre pour la laisser à quelqu’un de compétent en la matière.

Le matériel utilisé était quand même le mien à savoir: un boîtier Canon EOS 5D, un MacBook Pro et un câble de cinq mètres reliant les deux. A un bout du câble: l’œil expert du photographe-spécialiste en photographie d’horodateurs; de l’autre: Bibi qui recevait en temps réel les photos dans le logiciel Apple Aperture. Pour moi c’était une première d’avoir pu composer, trier, diriger et classer les images en temps réel au fur et à mesure que le photographe travaillait. Ce fut un vrai gain au niveau de la productivité mais également d’un point de vue créatif. L’échange a été enrichissant et nous avons tous fini la journée avec une bonne fatigue, de bonnes photos et même les zygomatiques quelque peu endoloris.

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vendredi 4 mai 2007

La photo du mois: Absences

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Absence de mots, de verbe, de langue, d’ailleurs, de langues d’ailleurs, de lointain, de calme, de vent, de lumière, de douceur, de moiteur, de saveur, de goût, de rire, de sourire, de générosité, de paix, de respect, d’abnégation, d’action, d’échecs, de perspective, de volonté, de création, de panache, d’expirations, d’élévation, de désespoir, de confiance, de cohérence, d’équilibre, de simplicité, de vérité, de famille, de fertilité, de foi, de toi, de temps, de tant, de vous, de voix, de parole, de défis, de moteur, de nouveau, de soudain, de surprises, d’imaginaire, de rêve, d’engagement, d’ensemble, de liberté, d’égalité, de lucidité.

Absence de sens,
Absence d’essence,

Impossible absence des sens.

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samedi 7 avril 2007

La photo du mois: Capitons

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En contraste avec le mois dernier, la photo de ce mois n’a strictement aucune histoire qui mérite d’être contée ici bas. Pourtant, elle est probablement l’une de celles qui a évoqué chez ceux qui m’en ont parlé, des idées, voire des fantasmes les plus divers.

Et vous, que voyez-vous? Au moment de déclencher je n’ai rien vu de ce qui vous traverse l’esprit en ce moment-même et j’ai presqu’envie de clore ce billet à ce point pour que vous continuiez à laisser galoper votre esprit sans moi.

Certains d’entre vous s’arrêteront à la première lecture de cette image qu’ils auront puisé dans la mémoire collective de la culture générale. Le rouge évoque le feu, l’amour, quelque chose d’ardent et de vif. Ajouté à ce capitonnage cossu, la photographie nous laisse quelque part entre un salon feutré de club anglais et une chambre capitonnée d’un vieil hôpital psychiatrique.

S’installer pour mieux lire

Ceux qui prendront la peine d’aller un pas plus loin dans la lecture de cette photographie, commenceront à la connecter à leur propre paysage visuel. La composition simple force à l’évocation et des souvenirs remontent très vite en formant des images subliminales. Certains y verront le fauteuil dans la bibliothèque de leur maison de vacances, d’autres se sentiront transportés dans le lobby d’un hôtel à San Fransisco, les derniers verront éventuellement ce que j’ai vu. En puisant ainsi dans sa propre mémoire, des sensations remontent, des visages apparaissent, on entend presque des sons et l’on revit des instants que l’on croyait oubliés. On voudrait que le rouge soit un peu plus comme ci ou légèrement comme cela, on s’approprie l’instant, on reconstitue une scène. On se surprend à chercher une présence dans les reflets du cuir; on en sentirait presque l’odeur. Le souvenir peut être agréable et la photo devient amie; il peut être dérangeant et on ne l’apprécie pas.

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vendredi 2 mars 2007

La photo du mois: Adakkan et la tuilerie

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[ Ici devrait s’afficher une séquence animée qui nécessite le logiciel Flash. ]

J’étais revenu de l’expédition et passais mes derniers jours dans cet hôtel non-loin de Colombo. Mes camarades de route étaient tous repartis et j’étais le dernier sur le pont. J’avais encore un jour et une nuit à passer dans cet éco-resort qui n’avait d’écologique que le nom.

Ayant passé douze jours dans le Sri-Lanka le plus vrai, je ne supportais pas cet hôtel qui accueillait de gros touristes adipeux venant passer une semaine au bord d’une piscine pour repartir avec le sentiment d’avoir goûté au pays. Je ne pouvais pas finir mon voyage sur cette note et pour ce dernier jour, pris mon Nikon, deux pellicules et partis chasser les images pour tuer le temps jusqu’au départ.

C’était le matin, la lumière était belle mais les scènes de l’hôtel trop pré-fabriquées pour mon regard. Je décidai donc de sortir des prémices pour essayer de trouver autre chose à me mettre sous l’objectif. Ce n’était pas gagné d’avance car l’hôtel était assez décentré et il n’y avait qu’une grande zone résidentielle dans laquelle je pouvais espérer me perdre pour trouver des compositions intéressantes.

Cela faisait environ dix minutes que je déambulais au milieu de ce quartier peuplé de maisons relativement cossues lorsqu’un vieil homme à vélo m’arrêta. Comme tous les habitants de ce pays il était très amical et accueillant. J’ai été immédiatement frappé par sa photogénie sans un instant imaginer ce que j’allais vivre. Patrick — c’est ainsi qu’il s’est présenté — allait apporter un peu de pain à sa fille qui habitait non-loin. Je décidai de l’accompagner encouragé par mon intuition et ma curiosité.

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mardi 6 février 2007

La photo du mois: Proches

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Nous étions à l’arrêt et avions coupé le moteur de la Land Rover comme à chaque fois que nous rencontrions une harde. Un groupe d’environ cinq à sept éléphants traversait la piste avec la nonchalance débonnaire qui les caractérise. Malgré leur taille impressionnante, on ne les entendait pas sauf lorsqu’ils cassaient des branches en sortant des bosquets ou arrachaient de l’herbe avec leur trompe pour le fouetter contre le sol afin d’en débarasser la terre dont ils ne sont pas très friands. Harsha Gammanpila, le chef de notre projet de recherche, connaissait ces individus pour les avoir observé plusieurs fois. Il les reconnaît habituellement à la forme de leurs oreilles, à leurs blessures ou aux autres particularités physiques propres à chaque animal. On le sentait proche de ces animaux, malgré qu’ils soient sauvages, dangereux et très loins des clichés de bêtes de cirque qui nous viennent à l’esprit lorsqu’on les évoque.

Devant nous, sur la droite du véhicule, à environ vingt mètres, une femelle adulte vaquait calmement à ses occupations tout en nous observant du coin de l’œil. Nous étions tous fascinés par les mouvements lents et expressifs de cet animal qui montrait une forme d’intelligence évidente. Pendant que Harsha nous expliquait l’environnement et le comportement de l’espèce, j’ai empoigné mon boîtier et ai visé l’animal pour faire quelques vues et profiter de la proximité exceptionnelle dont nous bénéficions.

Pour une raison inattendue, l’éléphant s’est immédiatement senti agressé et nous a chargé toutes oreilles déployées avec une puissance et une vélocité impressionnantes. En une fraction de seconde j’ai oté mon appareil de sa vue et me suis terré dans mon siège essayant de maîtriser la poussée d’adrénaline qui m’avait envahi. A ce même instant, Harsha et Sanpath, notre chauffeur, se sont jetés à la fenêtre en criant pour tenter d’arrêter cette bête que j’avais énervé par mon geste imprudent. Elle s’arrêta à peut-être cinq mètres du véhicule; j’avais l’impression qu’elle était sur mes genoux.

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lundi 1 janvier 2007

La photo du mois: S’élever

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« On voudrait avoir ce courage des oiseaux en hiver. »
Françoise Lefèvre


Nous voici à l’aube de trois-cent soixante cinq nouveaux jours dont nous serons les seuls artisans et qu’il nous appartient de rendre beaux, utiles, positifs et empreints de partage et de respect (et de nombreuses photographies évidemment).

On voudrait avoir ce courage des oiseaux en hiver pour que les récursives résolutions du nouvel an soient bien plus que des paroles de minuit qui s’envolent dès le petit matin en devenant ainsi… des paroles en l’air. Le ciel vaut mieux que cela.

Bonne année et bonne santé à tous!

mardi 5 décembre 2006

La photo du mois: Rites

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Ca y’est, Docteur Jeckyl a fermé son bureau et a laissé place à Monsieur Hyde qui vous écrit depuis quelque part sur la toile. Le graphiste s’en va et l’autre prend sa place. L’autre, c’est le vacancier diront certains, le photographe diront d’autres, le chanceux ou le baroudeur pour les derniers. L’autre c’est ce type qui se paye le luxe de danser sur un autre pied pendant deux mois alors que ses copains se farcissent la dinde et toute la garniture pas toujours très digeste qui va autour. L’autre, il a tout compris, ai-je entendu. J’ai même entendu que l’autre gagne si bien sa vie qu’il peut se payer chaque année deux mois les doigts de pieds en éventail.

Dites-moi que je rêve et que je n’ai jamais entendu tout cela.

La première fois que j’ai pris la décision de fermer mon bureau au mois de décembre et janvier, j’avoue avoir souhaité assouvir un besoin égoïste de touriste oisif et consumériste. Cela n’a pas duré longtemps croyez-moi. Si les premières fois je partais au bout du monde pour fuir le froid et le manque de lumière, aujourd’hui je voyage dans un tout autre état d’esprit (même s’il m’arrive encore de me détendre les doigts de pieds qui passent trop de temps crispés sous le bureau).

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mardi 7 novembre 2006

La photo du mois: Translucidité

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Pour une fois, la photo du mois colle parfaitement à l’actualité. Si vous achetez aujourd’hui la Tribune de Genève ou Le Temps, vous y trouverez une annonce pleine page réalisée par ma moitié graphiste ou devrais-je l’appeler mon double tant j’ai passé d’heures à cliquer depuis le début du mois de septembre.

Mardi 7 novembre 2006 est une date historique pour la respectable marque horlogère Patek Philippe car elle réouvre ce jour « Les Salons Patek Philippe » après deux ans de travaux de rénovation de leur bâtiment historique au 41 rue du Rhône à Genève. La dernière rénovation majeure date de 1892 pour vous dire que ce jour sera marqué d’une pierre blanche (précieuse de préférence).

Cette image remonte à quelques semaines lorsque je visitais le chantier avec mon ami Jean-Daniel que je vous ai déjà présenté. C’est d’ailleurs lui qui transparaît derrière ce plastique fendu pendant que nous faisions des repérages dans le cadre du mandat que Patek Philippe nous a confié. Au cours de nos déambulations, nous étions attirés par tout sauf ce que l’on nous demandait et cette image en est un exemple.

Nous nous trouvions à un étage où les murs et fenêtres étaient protégés par des films plastiques pour permettre à certains corps de métier de poursuivre leur travail sans ruiner celui des autres. La douceur mystérieuse de la lumière diffusée par ces emballages éphémères allait de pair avec le calme olympien qui règnait sur ce chantier de luxe. Sans nous concerter, Jidé et moi nous pâmions comme des gosses devant ces détails insignifiants que personne n’avait l’idée de regarder. Objets posés en vrac, déchets dispersés, rouleaux de trucs, boîtes de machins, ouvriers en blanc, d’autres en bleu, un chantier est une mine d’or photographique pour qui prend le temps d’observer.

Derrière ce voile diaphane, le photographe pose pour le photographe; ce n’est donc pas un quidam qui passe mais Dupond qui répond à Dupont. Je dirai même plus: c’est Dupont qui répont à Dupond. Vous n’entendez pas nos rires infantiles de professionnels pourtant reconnus pour leur sérieux, mais essayez de les imaginer et vous comprendrez pourquoi cette photographie me donne la banane.

A travers cette translucidité, j’ai eu un instant de courte transe et d’importante lucidité qui m’ont rappelé pourquoi je photographie; j’aime simplement le plaisir innocent d’illustrer des instants vécus et de les partager avec qui veut. Lucidité et illustrer tirent d’ailleurs leur étymologie du latin lucidus qui signifie: clair, lumineux; des mots qui tombent à pic pour étayer mon propos en ce début de période hivernale où la lumière manque cruellement à ma glande pinéale qui a parfois le défaut gênant de retenir au petit matin l’obscurité chronique dont je souhaite un jour sortir.

samedi 7 octobre 2006

La photo du mois: Patchwork Circus

Ce mois il y aurait tant de choses à dire autour de cette photo qu’un billet ne suffirait pas. J’avais entendu il y a longtemps que la photographie de spectacle était une des meilleures écoles pour faire ses gammes. Vous savez quoi? C’est vrai.

En deux mots, Patchwork Circus = Anaïs et Nicolas Spühler. Nicolas = actinic = un des derniers laboratoires de tirage argentique noir et blanc à Genève.

J’ai rencontré Nicolas, il y a quelques années, à l’époque où j’avais repris un peu la photo et que j’avais besoin d’un labo pour développer mes films noir et blanc. J’avoue ne plus bien me souvenir comment nos routes se sont croisées. Ce dont je me souviens c’est le premier regard de Nicolas sur mes images et ce rapport immédiatement proche qu’il entretient avec les images photographiques. C’est d’ailleurs grâce à lui que j’affectionne le noir et blanc argentique et tant qu’il sera là, je continuerai à en faire.

Nicolas, tireur, photographe, fait également du théâtre et a monté une troupe de cirque avec sa femme Anaïs Stauffer. En fait, ils n’étaient pas mariés quand Anaïs a lancé cette idée et pour l’anecdote, ils se sont mariés l’année dernière sous le chapiteau du Patchwork Circus à la grande surprise de tous leurs amis qui pensaient venir à une représentation pour les potes. Le maire était déguisé en clown et était le seul dans le secret avec la costumière et le bijoutier créateur des alliances. Même les témoins n’en savaient rien. Une soirée hors du temps.

Lors du dernier spectacle intitulé Gueule d’Ange, Nico m’a demandé si je voulais faire quelques photos ce que j’ai évidemment accepté. J’avoue en avoir bavé car ayant tendance à faire confiance à la cellule de mon appareil, j’ai dû beaucoup réfléchir et beaucoup retenir ma respiration car dans un spectacle, la lumière est faible et difficile à maîtriser même en poussant son film à 1600 ASA.

Avec beaucoup d’humilité je vous avouerai que la plupart de mes images sont… ratées sauf peut-être celle-ci et quelques autres qui sortent du lot. J’ai choisi cette image parce que l’atmosphère y est particulière et parce qu’elle retranscrit le mieux ce que j’ai ressenti. J’ai également choisi cette image pour faire hurler ceux qui ne supportent pas que l’on coupe une tête sur une photographie. On fait ce que l’on veut d’abord (et en l’occurrence, ce que l’on peut).

Nicolas aurait mieux fait de me demander de créer l’affiche comme pour son spectacle précédent “Les Joyeuses commères de Windsor” joué au Théâtre des Salons à Genève. Cependant je crois qu’il y a des disciplines comme la photographie de spectacle qui génèrent plus de déchets et où il faut persévérer sans avoir peur de se planter. D’ailleurs, cette peur est pour moi un problème récurrent qui me freine dans diverses activités de la vie courante. Si, par exemple, je n’aime pas le ski c’est parce que je n’ai jamais accepté de tomber (en plus d’être frileux). En photo, combien d’entre vous tirent vraiment un enseignement de leurs images ratées? C’est pourtant elles qui vous feront avancer. Du coup, je vais peut-être me remettre au ski.

Pour finir, le meilleur conseil que je puisse vous donner si vous souhaitez faire de la photographie de spectacle est: allez-y au moins deux fois. Une fois pour photographier, une autre pour voir le spectacle. Comme je ne suis allé qu’une fois à Gueule d’Ange, je ne vous ferai pas le pitch car je n’ai malheureusement pas tout suivi trop occupé à courir après mes réglages, pellicules et la lumière qui changeait tout le temps. Sans parler de la dizaine d’artistes sous ce tout petit chapiteau, jongleurs, chanteurs, trapézistes, dompteur de bouvier bernois et j’en passe. J’attendrai la sortie du DVD.

vendredi 1 septembre 2006

La photo du mois: Bâtiment G/H

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Regardez-bien cette photographie car elle risque de devenir le témoin d’un temps passé. C’est une vue de la fenêtre de mon atelier prise un soir vers vingt heures lorsque je partais et que l’élégance de la lumière tombante me retenait par un pan de la chemise.

Ce billet sera volontairement court car je n’ai pas envie d’être trop polémique, politique, ni dévoiler mon aversion pour les acteurs du milieu immobilier. Zut, je viens de le faire.

Bref. Au premier plan vous avez le « bâtiment G/H » du site de l’ex-S.I.P (Société genevoise d’instruments de physique) où mon atelier se situe. Il est occupé par des artistes et indépendants en tout genre, des gens vraiment riches et talentueux; certainement pas des squatteurs. On leur a récemment coupé l’eau chaude allez savoir pourquoi.

Au second plan, les murs blancs récemment repeints habillent le « bâtiment E ». Celui-ci est rempli, au rez-de-chaussée, de machines curieuses de la Faculté des sciences de l’université et, à l’étage, d’un collectif d’artistes du barreau — communément appelés « avocats » — sans doute des gens très bien, riches aussi, mais pas de la même façon.

Hors champ, au bas de l’image, se trouve la cour dans laquelle notamment j’ai une place de parking qu’on m’a aimablement demandé de débarasser par une lettre portant un timbre à trois francs. A ceux qui n’ont pas réagi à temps, on a déposé en offrande d’élégants catafalques en béton (sans nain de jardin).

Après bientôt douze ans passés ici, je viens de découvrir que nous sommes en plein Far West!

Les nombreuses entreprises du « bâtiment A » dont je fais partie, attendons sans impatience l’attaque probable des indiens qui, vous le savez comme nous, n’entrent jamais par la porte mais dans la boîte aux lettres par recommandation du facteur. Ou est-ce les requins… je ne me souviens plus bien.

samedi 5 août 2006

La photo du mois: Le trinquet Maitena

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Non ce n’est pas un vieux hangar désaffecté. Ce n’est pas non plus un dépôt vide dans la zone industrielle de Bümplitz-gare. Une grange? non plus. Un court de squash? Presque…

Ce lieu est un trinquet et se trouve en plein centre-ville de Saint-Jean-de-Luz dans le pays Basque français. On y pratique diverses variantes de pelote basque, soit à main nue, soit au moyen de raquettes en bois.

Je suis loin d’être un spécialiste de la pelote basque et n’oserai pas m’essayer à vous expliquer les moultes disciplines et variantes de ce sport. S’il y a de vrais basques parmi nous, et si je raconte trop d’inepties, qu’ils n’hésitent pas à me reprendre dans les commentaires.

On dit que le trinquet est probablement né après la révolution française d’une évolution du jeu de paume. Jusque là, le jeu de paume était réservé à la noblesse et à la haute bourgeoisie car trop compliqué pour le niveau de culture du peuple de l’époque. Après la tourmente de la révolution, le jeu de paume n’était plus à la mode et les salles furent désertées. C’est ainsi, dit-on, que le peuple basque prit possession de celles-ci et en simplifiant les complications du sport roi, donna naissance au trinquet.

L’origine du mot trinquet semble encore un peu floue de nos jours (en tout cas de ce que j’ai pu lire). Certains l’attribuent au « triquet », instrument avec lequel on jouait; d’autres disent que le nom vient du fait que l’on trinquait après les jeux dans le petit cabaret attenant à chaque terrain.

Pour y avoir joué quelques fois, et au risque de faire un jeu de mots facile, je me souviens en avoir trinqué tant ce sport est à l’image de nos amis basques: fort et authentique. Imaginez une raquette qui n’est rien de plus qu’une planche en bois (appelée « pala ») avec laquelle on tape violemment une balle dure comme un caillou faite d’un cœur en gomme recouvert de cuir de chèvre. Dès le premier coup vous avez tous les os du corps qui s’entrechoquent et les articulations qui chantent le flamenco. Pour le moins, ce n’est pas un sport de carpette.

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lundi 3 juillet 2006

La photo du mois: Ami du pain

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La photo de ce mois marque le point de départ d’un projet personnel que je voulais entreprendre depuis longtemps. Celui-ci associe le goût à l’image puisque j’ai été traîner mon objectif dans le laboratoire d’un boulanger-confisier-pâtissier qui officie non-loin de chez moi et qui contribue depuis près de cinq ans aussi bien à mon bien-être matinal qu’à mon embonpoint croissant (au beurre).

Jean Lanfranconi fait du bon pain depuis bientôt quarante ans dans l’entreprise que son grand-père fonda et qui porte encore son nom: « Golay ». La seule chose que j’ai envie de dire est que cet homme et ceux qui travaillent avec lui, sont bons comme les produits qu’ils confectionnent. Lorsque je mords dans un de leurs petits pains au sucre ou dans une tranche de pain aux céréales, je ressens immédiatement les plaisirs de mon enfance et l’innocence de ces petits moments égoïstes qui n’ont jamais fait de mal à personne.

Pour le moment, je n’ai pas grand chose à dire sur ce travail sinon que je n’ai shooté que deux pellicules qui m’ont procuré un réel plaisir même si le résultat ne me satisfait pas tant. La première planche est digitalisée et j’en suis tout juste à me demander si j’ai fait le bon choix de sensibilité de film. Je n’ai aucune idée si je vais continuer, si j’aboutirai sur quelque chose de cohérent et de montrable, ni combien de temps ça va prendre. Cela va dépendre de ce que le film révèlera et de combien de temps ces hommes supporteront mon intrusion dans leurs matins de labeur. Je me suis seulement fixé quelques petits défis comme celui de ne pas faire uniquement des images comme celle-ci, vide de tout personnage (et même de petits-pains); pour le reste je laisserai faire le temps.

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vendredi 2 juin 2006

La photo du mois: Au pied du mur

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Je sais, cela fait déjà plusieurs mois que je suis revenu d’Argentine, mais voilà, c’est à peu près ce temps qu’il me faut pour guérir d’un voyage au long cours. Non pas que celui-ci soit une maladie, mais plutôt une contagion, une sorte de virus qui vous prend et vous démange en permanence.

Contrairement à chez nous, les murs de Buenos Aires portent des graffitis d’une élégance rare. Réalisés au pochoir (et non au chablon) ils véhiculent différents messages, politiques, sociaux ou simplement graphiques comme celui devant lequel je me suis arrêté ici (à moins que ce ne soit une publicité pour les BlackSocks). Les graffitis des uns s’additionnant à ceux des autres peuvent parfois créer de véritables œuvres d’art digne des prestigieuses galeries d’art contemporain qui ont pignon dans ma rue.

L’art urbain et le « found type » sont des sujets récurrants dans mon objectif. Je n’y peux rien, c’est de la déformation professionnelle après près de vingt ans de graphisme. Ce qui me plaît outre celui-ci, est de pouvoir prendre le relais du travail d’autres personnes en le mettant en valeur par la photo. C’est une forme de travail collectif avec la ville, la lumière et des inconnus.

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mardi 2 mai 2006

La photo du mois: ¡Mírame!

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(Son mp3 - 5 minutes 41 secondes - 5.2 Mo)

Dimanche 22 janvier 2006. J’avais promis à Gilbert de ne pas rater la mythique Feria des Antiguedades qui prend place tous les dimanches depuis 1970 dans le barrio de San Telmo à Buenos Aires. Ce quartier est le plus vieux de la ville et est sans équivoque le berceau de la culture porteño. Vous seriez étonné de ce que l’on ressent en marchant dans les rues pavées de San Telmo.

L’enregistrement qui accompagne cette image a été réalisé en déambulant au gré des étals installés sur la Plaza Dorrego. Ces sons d’ambiance sont bruts et n’ont pas été montés ni corrigés. Je suis resté ici au moins quatre heures et me suis imprègné de l’ambiance singulière du lieu bercé par les mesures lancinantes et omniprésentes du tango. Au milieu des flâneurs dont je faisais partie, j’ai déclenché moins de cent vues, essayant de défier la phobie sociale qui m’interdit de pointer mon appareil vers quiconque.

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