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Prototype inconscient d'un photographe

jeudi 15 mai 2008

La photo du mois: la spirale

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Il y a les vues que l’on photographie au gré des vents, et il y a celles que l’on veut viscéralement — celle-ci en est une.

La terrasse des éléphants du temple Angkor Thom mesure plusieurs centaines de mètres de long et servait de balcon au roi Jayavarman VII pour contempler son armée victorieuse de retour de la guerre. J’ai écumé ce mur de long en large sous un soleil torride, fasciné par les nombreux bas-reliefs qui l’ornent. Pour une raison, ce détail m’a cueilli comme par hypnotisme et mon objectif s’est attardé devant avec insistance et détermination.

De ce que j’ai pu lire à mon retour, la spirale est, dans l’art asiatique, reconnu comme étant un symbole du soleil qui incarne la vie, la mort et la renaissance. Je ne le savais pas au moment de déclencher mais maintenant, je suis heureux de m’être cramé sous un soleil de plomb pour suivre mon intuition et ramener ce qui sera peut-être le symbole de tout mon voyage.

Ici et maintenant, et pourquoi pas: là-bas et demain.

La vraie question que je me pose est pourquoi ai-je déclenché. Pourquoi là, à ce moment-là, ce détail et pas un autre. Quel a été l’élément déclencheur de mon acte. Cette question me taraude constamment car elle relève de quelque chose qui se passe quelque part entre les tripes et une poignée de synapses qui répondent aux périphériques de capture que sont nos sens; le tout régi par le vécu, l’expérience, le moi, le karma ou appelez cela comme vous voulez.

En fait, je fais erreur, la vraie, vraie question n’est pas de savoir pourquoi je déclenche, mais pourquoi je ne déclenche pas à d’autres moments. — Qu’est ce qui me retient, me fait peur, m’empêche.

Non, pour être honnête, la vraie, vraie, vraie question sous-jacente, n’est pas de savoir pourquoi je fais ou ne fais pas une photographie, mais pourquoi je suis aussi nul pour prendre des décisions fondamentales pour ma vie, alors que j’arrive sans peine à risquer le mélanome pour shooter une trompe d’éléphant en spirale au milieu du Cambodge, et l’afficher ensuite sur internet avec un texte abscons vu par mille personnes par mois que je ne connais pas.

D’où vient la conviction, la motivation, la réalisation.

Je suis toujours interloqué devant ces personnes — on en a tous au moins un dans son entourage — qui sont persuadés, déterminés, péremptoires et qui mènent leur vie d’une manière si impérieuse que rien ne saurait les égratigner. Qu’on leur explique…

Entre vertige et mal de cœur

Le chemin de mon existence est comme une spirale d’où je regarde continuellement les mêmes paysages, mais jamais du même point de vue. Parfois ascendante, souvent descendante, je la préfère toutefois au cercle qui me fait tourner en rond. Sans réfléchir, sans calcul, sans personne et sans succès, j’ai entrepris de photographier cette spirale comme elle se déroule devant moi. Par moments elle m’enivre, par d’autres elle me donne le tournis; la nausée n’est pas exclue. Je nais avec l’aube, meurs avec le crépuscule et renaîtrai demain jusqu’à atteindre la fin, puisse-t-elle être la plus tardive possible car il me reste de la pellicule.

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