« imago »

Prototype inconscient d'un photographe

dimanche 18 juin 2006

Fermez les yeux

Avec ce billet, j’aimerais introduire à ce blog une nouvelle catégorie qui ne contiendra aucune image, sauf celles de votre esprit et des enregistrements sonores qui vous aideront à les visualiser.

mindos.jpgLors d’un voyage il y’a environ une année, je me suis inventé un concept que j’ai appellé « mindo » pour: mind-photo ou en français: « photo de l’esprit ». Cette idée est née de la frustration de tous ces moments où je n’avais pas d’appareil avec moi et où mon œil s’arrêtait sur des instants que j’aurais voulu coucher sur la pellicule. Tentant malgré tout de les capturer, je les décrivais sur mon carnet de route pour m’aider à reconstituer a posteriori ces visions fugaces. Très vite, je me suis rendu compte que je faisais beaucoup plus de mindos que de photos et que ceux-ci, bien qu’invisibles, étaient parfois plus parlants que les résultats donnés par mes lacunes de technique photographique. Ceci peut paraître abstrait, mais c’est comme cela que je le ressens.

Depuis longtemps j’avais envie de ramener les sons de mes voyages et c’est en faisant mes premières armes l’hiver dernier que je me suis rendu compte que c’était-là une manière de capturer ces photos de l’esprit et de pouvoir les partager. Le son est parfois générateur de bien plus d’images et de sensations que la lumière, car sans la vue, nous sommes obligés de faire appel à notre imaginaire dont les vertus sont souvent sous-estimées.

Prenez pour exemple, ce simple son de pluie qui tombe:


(Son mp3 - 1 minute 03 secondes - 998 Kb)

Il a la force de générer les images les plus diverses. Fermez les yeux, écoutez et regardez les images qui s’ouvrent à vous et que vous ne pouvez pas empêcher de venir. Que voyez-vous? Une composition qui n’appartient qu’à vous. Vous venez de vous connecter avec votre créativité.

Pour ma part, ce son m’a souvent transporté dans cette île turquoise où, même sous la pluie, il fait si bon vivre. En temps normal, cet enregistrement génère en moi des mindos portant des couleurs pastels, des sourires sous des parapluies et une nature qui se ressource en attendant l’éclaircie. Aujourd’hui, alors que je passe un dimanche de m*rde, j’ai peine à l’écouter car je vois du gris, des proches qui souffrent et cette même nature qui m’en veut pour une raison que je n’ai pas la lucidité de comprendre.

Commentaires

Sugus, dimanche 18 juin 2006 à 14h18

On entend distinctement plusieurs niveaux de pluie. Comme de grosses gouttes qui jouent leur partition en solo, tout près, accompagnées du brouhaha de la pluie dans le lointain.

Bon dimanche, après la pluie… le beau temps :-)

Une nana qui passe, lundi 19 juin 2006 à 12h19

Les 5 sens : l’ouïe, la vue, le toucher, l’odorat et le goût.
J’imagine que chacun de ses sens nous permettent de, mémoriser, se souvenir, pour se créer une base de construction. Ex: un jour, on mange des fraises natures et le lendemain de la menthe; pour finalement faire une association des 2…
Un jour l’écoute d’une pluie tropicale nous évoque l’odeur du sous bois, la force du vent, un sentiment de pleinitude et un autre jour le même bruit nous ramème à un sentiment de tristesse, le rappel de la pauvreté, de l’injustice et de l’incompréhension.
En fin de compte, pour 1 seul bruit il y a autant de sentiments que d’oreilles qui l’écoutent et c’est cela qui est extraordinaire! N’est-ce donc pas sa propre histoire qui peut rendre à ses yeux (/oeil/nez/…) la même image, la plus belle ou la plus laide?
Pour finir ma petite tache d’encre électronique: l’odorat, pour moi est celui qui m’a souvent fait voyager.

Sergio, vendredi 30 juin 2006 à 16h01

J’ai cliqué sur le bouton, j’ai fermé les yeux et là, j’ai vu un trottoir dans la nuit innondé de cette pluie bienfaitrice dont la clapoti énergique nettoie la crasse publique.
Ambiance année 50. Film noir. Il manquait un saxo… Aussitôt mes pensées fourbes déposées sur la musique qu’entends-je dans les méandres du flot presque constant de mes pensées ?

“I’m singing in the rain !” Et la magie, le charme de cette ambiance rafraichissante avait disparue. Disparue… de ma rue…

Mais qui à branché un juke-box dans ma tête ?

Papa n’aimait pas la musique pourtant. Ce doit être maman… Taquine et coquine, je ne vois qu’elle pour m’avoir conçu avec toute cette musique (queu queu j’aimeuh) dans la tête…

Ce blog est magnifique ! Bien écrit, bien illustré et à présent, bien sonorisé.

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